Un nouveau discours au Parti Québécois
ou Scénario de politique-fiction
Voici ce à quoi pourrait ressembler le nouveau discours du Parti Québécois s'il adhérait à nos idées concernant la réforme du mode de scrutin.
Nous du Parti Québécois sommes déterminés à mettre fin au dualisme politique qui nui terriblement à l'avancement normal de la société québécoise. Nous souhaitons qu'il soit dorénavant possible pour tous nos concitoyens de voter librement pour le parti de leur choix, pour le parti qui représente le mieux leurs convictions politiques. Petits partis, grands partis, partis de gauche, partis de droite, tous méritent une représentation proportionnelle à l'appui réel qu'ils obtiennent des électeurs. Tous les votes doivent compter.
Nous croyons qu'une Assemblée nationale plus représentative du peuple ne peut qu'être bénéfique à la société québécoise et nous faisons en plus le pari qu'une méthode électorale plus démocratique sera bénéfique au règlement de la question nationale.
Comme le démontre plusieurs décennies de mise en pratique en Europe et aussi plusieurs études commandées par le gouvernement québécois, le scrutin proportionnel est plus apte que le scrutin majoritaire à exprimer le pluralisme des opinions politiques d'une société moderne, ouverte et libre comme la nôtre. De plus, il favorise une meilleure représentation des jeunes, des femmes, et des minorités culturelles. Notre parti prône la social-démocratie depuis 35 ans et ne peut qu'être favorable avec un mode de scrutin qui est non seulement plus démocratique mais plus juste sur le plan social.
Comme plusieurs d'entre vous s'en souviennent, le deuxième gouvernement de René Lévesque est passé bien près d'adopter une réforme du mode de scrutin très audacieuse. En fait, avec la souveraineté, la réforme électorale est un des plus vieux engagements politiques de notre parti. Une erreur de jugement fit que le Conseil exécutif du gouvernement rejeta le projet de réforme de René Lévesque. C'était en 1984.
Puisque c'est nous qui avons commis cette erreur, c'est à nous du Parti Québécois de la corriger. Le Parti Québécois s'engage donc à effectuer une réforme des institutions démocratiques québécoises en s'inspirant du rapport issu des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques de 2002. Nous prenons l'engagement électoral de légiférer dans le but de donner au Québec :
- Un mode de scrutin proportionnel de type régional avec correction au niveau national.
- Des élections à date fixe au mois de mai à tous les quatre ans.
- Une carte d'électeur pour réduire à néant la fraude électorale et référendaire.
- La tenue des élections scolaires au même moment que les élections municipales.
- Une politique visant à informer, former et sensibiliser l'ensemble de la population à la citoyenneté et à la démocratie.
- Une politique visant à favoriser la participation des femmes, des membres des communautés ethnoculturelles, et des autochtones à la vie politique québécoise.
Une fois la réforme mise en place, nous nous engageons à déclencher de nouvelles élections (au mois de mai de l'année l'année même de la mise en place de la réforme) pour que la population puisse profiter des bienfaits de cette nouvelle réforme immédiatement.
Durant ce bref séjour au pouvoir, nous nous engageons à réparer, avec les moyens du bord, les dommages causés par le gouvernement précédent. Nous allons colmater les fuites, mais nous savons tous que la province de Québec n'est pas gérable, que son gouvernement n'aura aucune marge de manoeuvre tant qu'il y aura un gouvernement centralisateur au dessus de nos têtes.
Comme vous le savez, le Parti Québécois n'est fondamentalement pas intéressé à gouverner la province de Québec parce qu'il est souverainiste. Nous avons toujours voulu obtenir l'appui de la majorité des électeurs québécois à notre projet national et ce n'est pas à veille de changer. C'est toujours ce que nous voulons, surtout que dans le camp fédéraliste on n'a rien à offrir aux Québécois depuis 1992, depuis l'Accord de Charlottetown. Avec un scrutin proportionnel, notre parti, comme tous les autres partis d'ailleurs, ne sera plus en mesure d'obtenir la majorité des sièges au Parlement. Cela veut dire qu'il deviendra nécessaire de former une coalition avec d'autres partis politiques si nous voulons gouverner. Cela veut dire que, pour la première fois de notre histoire, nos représentants élus devront débattre avant d'adopter une loi.
Nos députés devront s'écouter les uns les autres pour en arriver à se comprendre.Ils devront apprendre à accepter le point de vue de l'autre, à y voir cette partie de la vérité qu'ils ne décelaient pas avant. Ils devront apprendre à voir des choses qui se complètent là où auparavant ils voyaient des oppositions irréconciliables. Ils devront apprendre ensemble à trouver le terrain d'entente qui tiendra compte des différentes perceptions de la même réalité, tel qu'exprimé par tous et chacun. Et finalement ils devront en arriver à travailler de concert afin de proposer des solutions qui jamais n'iront à l'encontre de l'intérêt commun de tous les citoyens du Québec.
Dès cette première élection proportionnelle, le Parti Québécois fera cause commune avec tous les partis indépendantistes sur un projet d'assemblée constituante chargée de rédiger la constitution d'un Québec souverain. Cela veut donc dire que si la coalition de partis indépendantistes obtient une majorité des voix et une majorité des sièges, nous voterons une loi instaurant l'assemblée constituante québécoise. Cette assemblée aura le mandat bien précis de rédiger la constitution d'un Québec indépendant, d'élaborer un calendrier de transfert des pouvoirs entre Ottawa et Québec et de donner réponse à une série de questions d'ordre légal, éthique et économique. Cette première constitution québécoise sera par la suite soumise à l'approbation du peuple par le biais d'une référendum. La question référendaire retenue pour l'instant est :
« Voulez-vous que l'Assemblée nationale adopte la Constitution du Québec rédigée par l'assemblée constituante en date du ..., faisant ainsi de la province de Québec un État indépendant? »
Au cours des prochains mois, le Parti Québécois fera connaître les positions constitutionnelles qu'il entend soumettre à l'assemblée constituante. Nous présenterons aussi aux Québécois un programme politique que nous entendons défendre quand le Québec sera libre. Nous invitons d'ailleurs tous les autres partis politiques à faire la même chose.
Voilà! Votez pour nous!
Mathieu Gauthier-Pilote,
Membre du Parti Québécois et du RIQ
Avril 2004