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Erreur de raisonnement chez les souverainistes

Plusieurs membres du Parti Québécois font l'erreur de raisonnement suivante :

Si nous effectuons la réforme du mode de scrutin avant l'indépendance, le Parti Québécois ne pourra plus jamais avoir la majorité des sièges, donc il devra partager le pouvoir avec l'ADQ ou pire le PLQ. Avec le vote monolithique des anglophones et des allophones, le PLQ sera injustement favorisé par le système. La question nationale ne se réglera jamais.

Il y a plusieurs erreurs. Premièrement, avec un vrai système proportionnel, la lutte ne se ferait plus entre deux partis du centre. Tous les gouvernements seraient presque assurément des gouvernements de coalition. Au Québec, à cause de la question nationale, on peut déjà entrevoir deux grandes coalitions : la coalition indépendantiste et la coalition du statu quo. La lutte se ferait entre ces deux grandes coalitions de partis au lieu de se faire entre le PQ et le PLQ. Le PQ ne pourrait plus obtenir la majorité des sièges seul, mais le PLQ non plus.

Avec la promesse d'un référendum, le PQ n'a jamais obtenu plus de 44,75% des voix aux élections. Nous savons que l'idée de la souveraineté peut à elle seule aller chercher au moins 49% des voix. Personnellement, je crois que ce score est un miracle avec la stratégie perdante adopté par le PQ en 1974. Est-il possible d'aller chercher plus avec la même approche? C'est possible, mais je suis très loin d'en être sûr. Je ne peux tout simplement pas me résigner à l'approuver. En 1994, beaucoup d'indépendantistes ont suivi Jacques Parizeau tête baissé, mais nous savons tous qu'il y en avait beaucoup qui était pour le moins septiques parmis ceux-ci. Je pense qu'il est clair aujourd'hui que plus personne ne veut se risquer à perdre un troisième référendum par pur entêtement.

Si les indépendantistes étaient capables de se faire élire avec 50% des voix lors d'une élection générale, ils seraient en position de force comme jamais auparavant. Ils pourraient dirent : « Nous parlons au nom de la majorité du Québec. » Ce scénario, souhaitable dans toutes les circonstances imaginables, est une improbabilité statistique quasi complète avec le mode de scrutin actuel. Il existe un obstacle qui s'appelle la « loi de Duverger ». Cette loi sociologique stipule qu'avec un scrutin pluralitaire uninominal à un tour, les luttes politiques se font presque toujours entre deux grands partis du centre, les deux seuls vraiment capables de former la majorité en chambre, mais difficilement capables d'obtenir la majorité des voix. Comme à toute loi, il y a des exceptions. À cause de la question nationale principalement, le Québec a fait élire plusieurs partis politiques à plus de 50% de voix, mais ceux-ci étaient toujours élus sur des programmes très modérés et jamais ils ne prenaient l'engagement de régler la question nationale par un changement de statut politique. Chaque fois que c'est arrivé, il y avait, comme par hazard, une reconfiguration majeur des forces nationalistes, et pour un bref moment, un des deux partis politiques principaux était en déroute totale parce qu'un troisième parti politique crédible émergeait. (Voir les résultats des élections générales québécoises sur le site du DGEQ).

L'écart d'au moins 5 points de pourcentage entre le vote pour le PQ et le vote pour le « oui » nous indique clairement que plusieurs indépendantistes ne sont pas très enthousiates à l'idée de voter pour notre parti. Ils veulent l'indépendance, ils peuvent être convaincu de voter « oui » lors d'un référendum sur la souverainté de l'État québécois, mais ils ne sont pas péquistes pour autant. C'est un grave problème qui devra être réglé avant de se lancer dans une nouvelle aventure référendaire. Nous, du Parti Québécois, devrons admettre nos erreurs et accepter l'idée que nous faisons parti d'un mouvement qui est plus grand que nous. L'histoire de l'indépendantisme québécois contemporain ne se résume pas au PQ.

Deuxièmement, le vote en bloc des anglophones et des allophones va au parti qui peut battre le PQ dans le système actuel et non pas au PLQ comme tel. Les anglophones et les allophones représentent 18% de la population québécoise, environ un million de personnes. Ils ne peuvent certainement pas être tous partisans du néolibéralisme. De plus, il est important de rappeler que le vote monolithique des communautés non-francophones n'est pas une constante, mais une variable, tout comme le vote des francophones. Imaginez où nous en serions aujourd'hui si, dans les années 60, les indépendantistes s'étaient convaincu eux-mêmes que puisqu'il n'y avait au fond que 10% de Québécois favorables à l'indépendance, il valait mieux abandonner cette idée...

Petit détour sur la question du vote des non-francophones

Il faudra bien se rendre à l'évidence un jour que si non-francophones votent aussi massivement contre l'indépendance du Québec, c'est parce que nous ne leur parlons jamais directement. Lorsque nous communiquons avec eux, c'est qu'ils sont déjà devenus francophones et alors ils votent sensiblement comme le groupe linguistique majoritaire que nous formons. La plupart du temps, notre discours ne se rend tout simplement pas jusqu'à eux, qui ne parlent que peu ou pas de français. Les anglophones et les allophones qui parlent aussi l'anglais mais peu ou pas de français perçoivent toute la réalité du Québec à travers le prisme des médias contrôlés par nos ennemis politiques et n'entendent jamais que les arguments des « fédéralistes », des plus modérés, les apôtres du bilinguisme et de la bonne entente, aux plus extrémistes, ceux qui nous voudraient xénophobes et dangereux. Que faisons-nous pendant ce temps? Nous faisons des campagnes électorales et référendaires unilingues françaises, comme si l'objectif de la loi 101, faire du français la langue commune de tous les Québécois, était déjà atteint. Ce n'est malheureusement pas encore le cas comme nous le savons. D'ailleurs, c'est aujourd'hui un de nos meilleurs arguments en faveur de l'indépendance. La loi 101 a fait son temps. Le bilingualisation, donc l'anglicisation tranquille reviendra au galop sous peu.

À ces ennemis d'un Québec souverain, nous laissons le champ totalement libre et ceux-ci l'occupent avec tous les avantages que confèrent l'unanimisme des médias de langue anglaise. Nos chers concitoyens colonisés se font ensuite une joie de nous faire la morale en traduisant la pensée canadienne-anglaise dans les médias detenus par les adversaires de l'indépendance. Tout subtilement, des thèses indéfendables se trouvent déversés dans les médias francophones. Comme si ce n'étions pas déjà suffisamment en mauvaise posture sur le plan médiatique, nous discutons ouvertement des façons d'obtenir la majorité des voix en contournant le problème posé par le vote des non-francophones. Tout ceci ne fait que renforcer les préjugés que l'on entretient à notre endroit. Tout ceci ne fait que convaincre nos ennemis politiques que leur stratégie de dénigrement fonctionne à merveille. Les anglophones sont confortés dans leurs préjugés à notre endroit, et les francophones et allophones qui hésitent à voter « oui » continuent de douter des motivations profondes des méchants séparatistes.

Le vote stratégique des anglophones serait vraisemblablement une réalité même avec un nouveau mode de scrutin. À mon avis cela ne changera pas tant que nous n'entreprendrons pas de faire la promotion de nos idées dans leur langue. C'est aussi simple que ça. Nous savons qu'au temps des patriotes, les anglophones d'ici étaient très nombreux à soutenir et défendre les idées politiques de la majorité du Bas-Canada. Qu'y avait-il donc de différent à cette époque? Une atmosphère plus fraternelle, plus propice à la collaboration internationale? des politiciens moins corrompus par l'argent? des chefs politiques moins médiocres? Peut-être. Mais surtout un journal patriote de langue anglaise, Le Montreal Vindicator, ce que nous n'avons pas aujourd'hui. Des amis politiques aux États-Unis, dans le Haut-Canada, en Irlande, en Écosse, en Angleterre. Nos contacts avec les pays anglophones sont très mauvais, pourtant nous avons des alliés objectifs par millions dans ces pays. Nous pouvons nous faire des alliers importants aux États-Unis particulièrement chez les Franco-Américains, en Écosse et en Irlande. Serions nous capable de prendre notre juste part d'appuis chez les anglophones Québécois si, dans le monde anglophone, des gens se mettaient à appuyer ouvertement notre cause comme c'est le cas pour le Tibet par exemple? Pour en arriver là, il faudra faire les efforts qui s'imposent pour que les dimensions universelles de notre mouvement soient bien compris et véhiculer dans la langue dominante à l'échelle mondiale.

Chez les allophones, le vote monolithique n'est pas aussi solidement ancré dans des préjugés honteux à notre endroit. Les diverses communautés culturelles du Québec sont régulièrement en contact avec nous mais ils sont très sensibles aux arguments de la peur qui de plus en plus les visent directement. Comment voteraient-ils s'ils voyaient de plus en plus de membres de leurs communautés à l'Assemblée nationale sous d'autres bannières que celle des Libéraux? Comment réagiraient-ils en constatant que les partis de gauche du Québec sont tous indépendantistes? Les partis de la coalition indépendantistes seraient-ils capables de bien représenter tous les citoyens du Québec? Cette dernière question est difficile à évaluer et relève pour l'instant de la spéculation. Une seule chose m'apparaît évident : il serait beaucoup plus facile de représenter tout ce beau monde avec une coalition comprenant plusieurs partis qui auraient cessé de compétitionner entre eux pour le pouvoir provincial. Chacun aurait le nombre de sièges qui lui revient et tous seraient forcés de travailler ensemble dans le but de former un gouvernement de coalition indépendantiste. La carte ethnique est dans notre jeu, il suffit d'avoir l'intelligence de bien s'en servir.

Réforme des libéraux

Faut-il soutenir la réforme électorale du gouvernement Charest? Bien sûr que non. La réforme des Libéraux est carrément mauvaise et le mode de scrutin proposé est de type compensatoire et non de type proportionnel. Pouvait-on réellement s'attendre à ce que le ministre responsable de la réforme s'accorde avec le choix fait par les citoyens lors des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques en 2002?

À deux reprises, un gouvernement péquiste a entamé le processus menant à une réforme du scrutin. Par deux fois, les citoyens ont choisi le mode de scrutin proportionnel, et ce de façon très majoritaire. Comme il aurait été beau de voir le PLQ écouter le peuple en modelant sa réforme à partir des résultats des travaux effectués par le gouvernement précédent! Mais nous n'en sommes pas encore à ce niveau de civilité au Québec. Ici, ce sont encore les apôtres de la petite politique partisane qui mènent le jeu.

Je ne sais pas s'il faut blâmer le journaliste Tommy Chouinard ou le professeur Louis Massicotte, mais quoi qu'il en soit les semblant de calculs électoraux obtenus récemment par Le Devoir (mars 2004) n'ont aucune valeur scientifique. Prendre les résultats des élections de 1998 pour évaluer un mode de scrutin qui n'a jamais été mis en application au Québec relève de la sorcellerie. On ne peut prendre le résultat d'une élection effectuée avec un mode de scrutin x pour évaluer un mode de scrutin y, car le changement de la méthode électorale a un impact considérable sur la façon même dont les gens utilisent leur vote. Et oui, le comportement électoral est influencé par le mode de scrutin.

Avec un système électoral proportionnel, les Québécois seraient très nombreux à réaliser qu'il leur est maintenant possible de voter librement pour le parti qui les représente le mieux. Ils seraient nombreux à ne plus voter pour « le moins pire des deux », celui qui a une chance de battre l'autre. Cela donnerait plus de votes aux tiers partis et sensiblement moins de votes aux partis traditionnels. À moyen terme, cela pourrait aussi vouloir dire un effritement des votes donnés au Parti libéral du Québec par les allophones et peut-être même chez les jeunes anglophones. Tout dépendra de la capacité des partis politiques québécois à les intégrer.

À moins de mal informer la population sur la nature de la réforme, à moins de fixer un seuil à la redistribution des sièges pour bloquer les petits partis, à moins de vouloir faire une réforme de surface dans le but de faire taire l'ADQ, un scrutin proportionnel transformerait considérablement le paysage politique québécois. La réforme des Libéraux n'est pas ce que les démocrates québécois demandent depuis 35 ans.

Les indépendantistes du PQ auraient intérêt à s'informer sur la question des modes de scrutin. Ils réaliseraient peut-être qu'une réforme sérieuse de cette nature permettrait, entre autre, de mettre fin à la partisannerie stérile qui empêche le mouvement indépendantiste de former une véritable coalition de tous ses membres et aussi d'envisager une victoire électorale à plus de 50% des voix. René Lévesque l'avait-il compris? Je ne sais pas, mais par contre on m'a appris qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Mathieu Gauthier-Pilote,
Membre du Parti Québécois et du RIQ
Le 11 avril 2004